L'histoire du bandana, du cou des cowboys à l'icône de mode

Un simple carré de tissu, souvent rouge à motifs blancs, et pourtant tout un pan de l'histoire de l'Ouest tient dedans. Le bandana a traversé les continents et les époques, du cou des cowboys aux podiums de mode, sans jamais rien perdre de son allure. Retour sur le parcours étonnant du plus modeste des accessoires western.

Un accessoire venu de loin

Gros plan d un tissu à motif paisley, le dessin emblématique du bandana

Contrairement à ce qu'on imagine, le bandana n'est pas né dans les plaines américaines. Son nom vient du mot sanskrit bandhana, qui désigne l'art de nouer et teindre le tissu, une technique venue d'Inde. Quant à son fameux motif en gouttes, le paisley, il puise ses racines en Perse et en Inde avant de conquérir l'Europe au fil des routes commerciales. La ville écossaise de Paisley, qui en produisit massivement au 19e siècle, a fini par donner son nom au dessin. À l'origine, ce motif ornait les précieux châles du Cachemire que l'Europe s'arrachait, avant que les métiers à tisser occidentaux ne le rendent accessible au plus grand nombre.

C'est teinté du célèbre rouge de Turquie, une couleur solide et éclatante, que le foulard traverse l'Atlantique. En Amérique, il devient bon marché, robuste et disponible partout. Le décor est planté pour qu'il entre dans la légende de l'Ouest.

Le couteau suisse du cowboy

Sur les longues pistes de convoyage, le bandana n'avait rien d'un ornement. C'était un outil de survie, l'un des plus utiles du cowboy. Remonté sur le nez et la bouche, il filtrait la poussière soulevée par des centaines de bêtes. Noué sur la nuque, il protégeait du soleil brûlant. Trempé dans un ruisseau, il rafraîchissait. Il servait aussi à s'essuyer le front, à se couvrir les oreilles par grand froid, à improviser un bandage, à saisir une gamelle brûlante ou à filtrer une eau douteuse.

Chaque cowboy en avait plusieurs, et ce réflexe pratique explique pourquoi le foulard est devenu indissociable de sa silhouette. À la même époque, cheminots et ouvriers l'adoptaient pour les mêmes raisons. L'objet était humble, mais on ne partait pas sans lui, au même titre que les franges ou le chapeau qui complétaient la panoplie.

Du Far West à la culture populaire

Le cinéma western a figé cette image dans nos mémoires, le bandana rouge au cou du héros ou remonté sur le visage du hors-la-loi. Mais le foulard ne s'est pas arrêté là. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il coiffe les ouvrières des usines américaines et devient un symbole d'émancipation. Plus tard, il s'affiche au cou des motards, des rockers et des icônes de la musique, avant de grimper sur les podiums des plus grandes maisons de couture.

De vêtement de travail, il est devenu une pièce de style à part entière, réinventée à chaque génération. Peu d'accessoires peuvent se vanter d'un tel voyage, du ranch poussiéreux à la vitrine de mode, sans jamais trahir leur esprit d'origine.

Pourquoi le rouge

Si le bandana est rouge dans l'imaginaire collectif, ce n'est pas un hasard. Le rouge de Turquie était l'une des rares teintures solides de l'époque, capable de résister au soleil et aux lavages répétés sans passer. Sur le terrain, cette couleur vive avait un autre avantage : elle se repérait de loin, pratique pour signaler sa présence ou retrouver un compagnon dans la poussière d'un troupeau.

Le paisley blanc sur fond rouge est ainsi devenu la version canonique, celle qu'on reconnaît au premier coup d'oeil. Mais le foulard existe dans toutes les teintes, du bleu marine au noir en passant par le kaki, chacune donnant une allure différente. La tradition tire vers le rouge, la mode ouvre le reste de la palette.

Le porter aujourd'hui

Bandana rouge à motif paisley noué autour du cou sur une chemise en jean

Aujourd'hui, le bandana se porte de mille façons. Noué lâche autour du cou, il pose une touche country sur une chemise ou un tee-shirt. Enroulé au poignet, glissé dans une poche arrière, noué sur la tête ou attaché à l'anse d'un sac, il se fait clin d'oeil discret. Les amateurs de danse country l'adoptent volontiers pour parfaire une tenue de bal. Si le sujet vous tente, nous détaillons les façons de le nouer dans notre article pour bien porter un bandana western.

Rouge et blanc pour rester dans la tradition, ou dans une autre couleur pour jouer la carte moderne : quelle que soit la façon dont vous le nouez, vous portez avec lui un petit morceau de l'histoire de l'Ouest. Pas mal, pour un simple carré de coton.

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